Chapitre 10 dans le royaume des arbres
La créature semblait tout aussi perdue que nous. Elle nous regardait avec un mélange d'appréhension, mêlé de crainte et de curiosité.
- Que fais-tu la, toi ? demanda Meltron, méfiant.
Ner regardait la dryade avec un certain intérêt, et je ne pouvais que le comprendre, car cette dernière était plus belle que la plus belle des femmes, mais quelque chose me disait qu'il ne fallait pas lui faire confiance aveuglément et Meltron semblait partager mon avis. La dryade regarda chacun d'entre nous, avant de déclarer d'une voix terriblement douce et cristalline :
- Je me nomme Terfereaelisdiräe, mais je sais que ce nom est un peu compliqué pour les humain, vous pouvez me nommer Ferea et je suis ici parce que j'ai tenté de dérober l'Iris d'Ajika.
- Qu'est-ce que c'est ?
C'était Nal qui avait parlé. Il paraissait triste et pâle, et il était assez facile de comprendre qu'il s'était attaché à la petite Enéa. Je ne pouvais pas m'empêcher de m'inquiéter moi aussi pour elle. Je savais qu'elle avait toujours été seule, mais elle avait paru tellement heureuse lorsque je lui avais annoncé qu'une famille l'attendait. J'espérais qu'elle allait s'en sortir et que peut-être je la reverrai. La dryade prit soudain une voix doucereuse, et ses yeux s'agrandirent lorsqu'elle expliqua :
- C'est le plus grand joyau de tout Irya, plus pur et plus brillant que tout ceux qui se trouvent même dans l'antre du grand dragon. De plus celui-ci possède un pouvoir fabuleux : il permet de faire pousser les arbres en quelques secondes, il est le c½ur de cette forêt.
Je comprenais mieux à présent comment les Etéris avaient pu bâtir leurs maisons, leurs passerelles et le reste. Il n'était pas des magiciens, mais se servaient de l'Iris d'Ajika.
- Mais ce n'est pas tout, reprit-elle, il est capable de séparer l'âme des arbres.
L'incompréhension devait se lire sur nos visages, car elle poursuivit :
- Je vais vous expliquer. A la base, les Etéris et les dryades sont des esprits, des âmes qui sont reliées à l'arbre avec lequel elles sont nées. Cependant, avec cette pierre, il est possible de donner à ces âmes une forme physique qui leur permettra de vivre, de se déplacer, de parler et même de rire. Mais le lien avec l'arbre ne disparaît jamais totalement.
Je comprenais mieux à présent pourquoi on appelait les dryades, des femmes des arbres.
- C'est en partie à cause de ça que nous craignons autant les humains, continua Ferea, nous avons peur que leur avidité ne les pousse à dérober l'Iris d'Ajika. Ainsi nous redeviendrions de simples âmes.
- Et c'est en réalité une dryade qui va voler les siens, se moqua Meltron, c'est assez ironique.
Le visage de Ferea s'empourpra tandis qu'elle répliquait :
- Je n'ai pas à me justifier devant vous, et de plus je vous signal que nous n'avons jamais massacré les vôtres, comme vous abattez les arbres sans raison. Nous avons raison de nous méfier des humains, ils n'accordent aucune valeur aux choses qui poussent !
La dispute aurait pu s'envenimer, si un des gardes n'était pas intervenu. Il déclara que le patriarche des Etéris, du nom de Raëfelenisra, désirait avoir une entrevue avec nous, ou plus précisément, avec moi seul. J'eus beau le questionner de toutes les façons, il refusa de m'en dire d'avantage, alors avec une légère inquiétude, je jetai un dernier regard à mes compagnons et le suivis tandis que les barreaux de la cellule se refermaient derrière moi. Il me fit traverser une dizaine de passerelles jusqu'à un arbre gigantesque, sans doute le plus grand de la forêt. Cependant celui-ci n'avait pas d'habitation sur lui, mais il était creux, et à l'intérieur, il y avait une immense salle débordant de lumière. Il n'y avait ni lampe, ni flamme, mais les murs brillaient d'eux-mêmes, d'une lueur jaune, éclatante, si vivante, comme le soleil, mais en moins puissant.
Un Etéris était assis dans un large de trône, qui devait avoir poussé du sol, et s'adressait avec agitation à un humain qui me tournait le dos. Je l'observais un moment, puis promenais mon regard sur le reste de la pièce. Il n'y avait pas énormément de choses, si ce n'est Au fond de la pièce, il y avait une petite porte où la lumière semblait être plus intense encore. L'homme se retourna à notre approche et je le reconnus.
- Asenshin, s'écria-t-il, je suis si content de te revoir après toutes ces années.
Il avait été un ami très cher, mais je le croyais mort depuis longtemps. Une fois le premier choc passé, une grande joie de pouvoir le retrouver à nouveau, la curiosité était cependant trop forte et je lui demandai :
- Anarazel, que fais-tu ici ? ... mais, comment se fait-il que tu soies encore en vie ?
Des images défilèrent dans ma tête. Lui et moi, quelques années plus tôt, au bord d'un précipice, dans les montagnes, un rugissement terrifiant. Des flèches traversèrent le ciel, l'une d'elle se planta dans la poitrine de mon ami et celui-ci fut projeté dans le vide. Je revis son visage disparaître dans la brume, et ma main qui tenta de le rattraper, en vain.
- Si je suis en vie, c'est grâce à un coup de pouce du destin, et notre rencontre en ces lieux n'est sans doute que le fruit du hasard, car comme je l'expliquais à cet homme là-bas, il s'arrêta, et se reprit, pardon, à cet Etéris, je voulais simplement me rendre dans un petit village aux pieds des montagnes et la forêt était le moyen le plus court pour moi de m'y rendre.
Je me doutais alors qu'il me cachait quelque chose, mais il ne valait mieux pas nous quereller maintenant, surtout pas devant le seigneur d'un peuple dont j'étais encore le prisonnier. Je ne savais pas si Anarazel était dans la même situation que moi, mais je ne voulais pas prendre le risque de le froisser au cas ou il pourrait faire quelque chose pour moi.
- Eh bien, dans ce cas, remercions le destin de nous avoir réuni en ces lieux mon ami.
- Ca suffit, tonna la voix du seigneur des Etéris, toi la, ajouta-t-il en me désignant, explique moi ce que tu fais sur notre territoire ?
Apparemment, il était plutôt impatient, et prompt à la colère, ce qui était surprenant, après avoir rencontré les autres Etéris, mais c'est peut-être justement cette attitude provocatrice et cette énergie qui lui avait valu son poste. Hésitant entre la tentation d'inventer une histoire pour me sortir de ce mauvais pas, je me décidai à répondre la vérité. Mais je n'en eus guère l'occasion, des hurlements retentirent non loin de l'arbre. Une dryade se précipita dans la salle en courant, tout en ne cessant d'hurler :
- Fuyez ! Des Iriskars, nous sommes attaqué ! Fuyez, ils veulent ...
Elle ne put jamais finir sa phrase, car un pieu de la taille d'une bras humain la transperça et l'empala contre un des murs avec un violence rare. Elle gémit une dernière fois avant de tomber en poussière. Dans l'ouverture sans porte par où elle était entrée se tenaient cinq créatures, immenses et effrayantes. Au dessus de plus de deux mètres cinquante de muscles saillants et surdimensionnés se tenait une petite tête allongée se terminant pas une gueule garnie de longs crocs et un museau fin. Leurs oreilles étaient courtes et dirigées vers le haut comme celles des chiens. Tout leur corps était recouvert d'une mince fourrure de poils bruns, cachée à certains endroits par des vêtements qui ne leur montaient que jusqu'à la taille. Ils n'avaient pas non plus de chaussures et encore moins de parures, si ce n'est de larges bracelets de cuirs identiques chez tous.
Ils étaient dangereusement armés : le premier portant un arc si grand que bien rares devaient être les créatures à pouvoir s'en servir. C'était lui qui avait abattu la dryade. Quant aux autres, ils avaient de longs sabres recourbés, très larges et ébréchés par endroits. Ces Iriskars étaient de véritables colosse et semblaient prêt à tuer sans hésitation tous ceux qui se trouveraient sur leur route. Ils s'approchèrent vers nous d'un pas menaçant, mais nous étions bien décidé à vendre chèrement notre peau.
Tout en m'approchant d'un des Etéris pour récupérer mon épée, je vis le seigneur des Etéris s'enfuir par une porte à l'arrière, mais n'y prêtai déjà plus attention. J'arrachai mon arme des mains de l'homme des arbres qui recula tout en regardant les monstres en tremblant, puis je me tournai vers Anarazel. Il me regarda et je lui répondis en hochant la tête. Nous avions combattus ensemble durant de nombreuses années et un tel lien ne se perd pas facilement. Nous nous élançâmes vers eux ensemble, tout en armant nos épées sur le côté. Le combat débuta, acharné et terrible. Nous frappions avec vitesse, mais nos armes se heurtaient contre leurs épées et même les rares fois où nous les touchions, nos lames ne faisaient que d'effleurer leur chaire. Cependant chacun de leur coups était terriblement puissant et difficile à esquiver, si bien que lorsque nous les parions, nos lames menaçaient de se briser. Nous fûmes bien vite rejoints par des dizaines d'Etéris qui étaient munis d'arcs. En temps normal, de si petites flèches n'auraient faits aucun mal à des monstres comme les Iriskars, mais les être des bois faisaient appel à leur magie pour combattre de sorte que quand leurs flèches touchaient leur cible, des branches en poussaient et traversaient le c½ur de monstres. Finalement, la victoire était peut-être à notre portée, malheureusement, des dizaines de flèches enflammées se fichèrent dans les parois de l'arbres, tandis que pénétraient plusieurs dizaines d'Iriskars.
D'après les cris qui résonnaient à l'extérieur, ils devaient être des centaines. Le royaume des Etéris allait sans doute devoir mener une bataille sans précédent.
- As, me cria Anarazel, nous ne pouvons pas rester ici.
J'acquiesçai, et désignai la porte par laquelle Raëfelenisra s'était enfui avant même le début de la bataille. Il y avait quelques escaliers qui montaient encore vers le sommet de l'arbre, et nous atteignîmes bien vite une porte faite à partir de l'arbre. Trop pressé pour prendre le temps d'être courtois, nous tailladâmes la porte avec nos épées avant de pénétrer dans une nouvelle salle. Nous ouvrîmes alors tout deux de grands yeux de stupéfactions. Au centre de la pièce, sur un piédestal, se dressait une gigantesque émeraude, aussi grosse qu'une tête humaine et particulièrement lisse et ronde. Nous venions de faire connaissance avec l'Iris d'Ajika. Mais le temps des surprises n'était pas encore fini, car un dryade se dressait à côté de la pierre, un dryade que je connaissais. De surprise je m'écriai :
- Ferea ...
à suivre