Chapitre 9 rencontre avec les Etéris
Quelques heures plus tard, nous étions à nouveau sur la route, direction Orentia. La petite Enéa avait été ravie que nous lui proposions de la prendre avec nous, le plus dur avait été de la faire monter sur un cheval. Elle avait en effet un terrible peur de ces animaux, mais comme l'avait dit Ner, tu ne dois pas craindre une bête qui ne mange que de l'herbe et des feuilles, mais celle qui te veut pour son repas. Nal lui avait acheté un pantalon et un pull, pour ne pas la laisser voyager avec des haillons et elle avait admiré ces nouveaux vêtements comme s'il s'agissait du plus précieux des présents. Elle avait alors accepté de monter à cheval, à la seule condition de pouvoir monter avec lui.
Durant les quelques jours qui suivirent, nous chevauchions toute l'après-midi, mais jamais Enea ne se plaignait. Au contraire, elle se montrait toujours souriante, et s'intéressait à tout, observant les oiseaux dans le ciel, ou tentait d'apercevoir des animaux, et parfois, elle admirait tout simplement le paysage. Il ne se passa pas beaucoup de chose durant ce trajet et, heureusement, aucun ennemi ne croisa notre route. Il nous aurait été difficile de combattre tout en devant protéger la petite. Au début, Meltron croyait qu'elle allait nous ralentir, mais en fait sa présence ne changeait pas grand chose, si ce n'est que parfois Nal tentait de lui apprendre à se battre ou à lire et écrire, mais nous en profitions pour nous entraîner à l'épée, Meltron, Ner et moi. Je n'avais encore jamais combattu en duel et les premières fois, je perdais rapidement mon arme, ou alors, je tombais sur le sol, mais bien vite, je fus du niveau de Ner.
Nous nous préoccupions moins de la direction à présent, car une route, qui se changeait parfois en sentier, reliait Nertedas à Orentia. Mais au bout de six jours, nous atteignîmes l'orée d'une forêt. Elle n'était bien sûr pas aussi grande que la forêt du désespoir, mais nous ne pouvions cependant la contourner, car il serait alors trop difficile de retrouver la route pour Orentia et nous allions perdre trop de temps. Il nous fallait la traverser, avec les risques que cela comportait. Les premières heures, tout alla pour les mieux, mais bien vite, il devint difficile de suivre le chemin, car il était recouvert à de nombreux endroits par des branches ou des feuilles mortes. Bientôt, nous vîmes, au dessus de nous, de nombreuses cabanes en bois, construites en cercle autour des arbres et reliées entre elles par des passerelles. Intrigué, je demandais :
- Qui vit la dedans ?
- Ce sont des Etéris, me répondit Meltron, nous devrions nous éloigner. Seuls, ils ne sont pas dangereux, mais s'ils sont assez nombreux, ils s'en prendront à nous. Ils n'aiment pas vraiment les humain.
Soudain, des cris retentirent sur notre droite, et nos chevaux semblèrent tout à coup terrifiés.
- On dirait bien que c'est trop tard, observais-je.
Pour tout réponse, il mit son cheval au galop vers la direction opposée. Ner s'empressa de le suivre, et j'allais faire de même, lorsque je vis Enea sauter du cheval de Nal et s'enfuir à travers les bois. Je l'entendis lui crier de revenir, mais elle était déjà trop loin pour l'entendre. Je m'approchais de Nal et lui dit :
- Il faut partir maintenant, on a plus le choix.
Il hésita un instant, puis soupira et partit au galop. Après quelques instants, je le suivis. Nous galopâmes à toute vitesse à travers les bois, mais soudain quelque chose jaillit du sol devant moi et, de surprise, je tombai de mon cheval. Me relevant immédiatement, je vis ma monture disparaître derrière les arbres, mais il n'y avait plus trace de la créature. Je fis quelques pas prudents tout en regardant autour de moi d'un ½il alerte, mais sursautait en remarquant que ce que j'avais tout d'abord pris pour un arbre était en vérité un sorte d'humain. Un Etéris, certainement, mais que me voulait-il ? Il était un peu plus grand que moi et très fin. Sa peau était d'un vert sombre, comme les feuilles des arbres auxquelles ils se confondaient, et de nombreux sillons parcouraient son corps, comme les craquelures sur l'écorce des arbres. Je n'aurais su dire s'il était habillé ou non, tant ses vêtements étaient semblables à sa peau. Sur son visage, se terraient deux petits yeux beiges dépourvus de pupilles, quant à ses cheveux, ils étaient longs et lisses, pareils à des branches s'entremêlant.
Il s'avança vers moi d'un pas souple, comme porté par une douce brise, mais son visage affichait une telle neutralité que je ne parvins pas à déterminer si ces intentions étaient amicales, mais soudain, il me frappa au visage avec une telle force que je m'étalai au sol. J'avais l'impression de m'être heurter à un tronc d'arbre et en me relevant je crachai un peu de sang. Je le vis se dresser devant moi, et une voix caverneuse et terriblement rauque me parvint, mais toujours avec une certaine pureté :
- Vous n'êtes pas les bienvenus en ces lieux, humain.
Je ne fus guère surpris de l'entendre parler, mais ses paroles n'avaient rien pour me ravir. Soudain, une liane s'enroula autour de ma gorge. Instinctivement, je portais une main à mon épée, mais une seconde voix proche de la première retentit derrière moi :
- Pas de ça, au moindre geste suspect, je resserre mon étreinte et ta tête roulera sur le sol.
Deux autres Etéris surgirent de la terre aux côtés du premier. Ils étaient trop nombreux, et je n'étais pas vraiment en position de me défendre, car à aucun instant je ne doutais de la parole de l'Etéris qui m'avait menacé. Je dus donc les suivre à travers les bois, jusqu'à un arbre étonnamment grand. L'un des Etéris posa la paume de sa main contre l'arbre et une étrange lumière jaune en émana durant quelques instants, puis lorsqu'il la retira, une large branche très épaisse poussa d'un seul coup. Puis une autre, et ainsi de suite, jusqu'au sommet. Un escalier venait de se former devant nous, n'attendant plus que nous l'empruntions.
Nous montâmes dans le feuillages et je découvris une cabane en bois qui semblait faire partie de l'arbre au même titre que l'escalier. Nous marchâmes sur des passerelles pour rejoindre d'autre arbres qui supportaient des constructions de plus en plus grandes et complexes, en rencontrant de temps à autres et je compris qu'il y avait dans ces arbres une véritable cité qui n'appartenait pas aux humains. Parfois nous croisions des Etéris qui étaient différents des autres, d'une certaine manière. Ils avaient un visage moins carré et des yeux d'un magnifique bleu azuré, mais étaient aussi plus gracieux et possédaient une peau bien plus lisse. Je compris alors que ces créatures d'une grande beauté étaient des dryades, des femmes des arbres alors que les Etéris étaient des hommes des arbres.
Après un certain temps, j'eus la surprise de retrouver mes compagnons, malheureusement, ils étaient dans la même situation que moi, néanmoins nous n'aurions pas à nous retrouver si nous parvenions à nous enfuir. Mais pour l'instant, nous devions simplement savoir ce qu'ils comptaient faire de nous. Ils nous entraînèrent dans une cellule, faîtes elle aussi à même l'arbre et les branches se refermèrent sur nous en nous emprisonnant. Il n'y avait aucune sortie possible, sauf si un Etéris le décidait. Je remarquai que nous n'étions pas seuls dans la cellule, et qu'une dryade nous accompagnait.
à suivre