Chapitre 1 : l'évasion
« ... je pestais une fois de plus contre mes chaînes, tout en sachant que cela ne servirait à rien. De loin, les cris de ceux qui combattaient étaient assez forts pour me parvenir, terribles et effrayants, couvrant le fracas des épées qui se percutaient entre elles ou contre quelques boucliers qui, parfois, se brisaient. D'autre sons me parvenaient également, les cordes des arcs lorsqu'ils décochaient leur flèche, mais aussi, bien plus forts, les rochers qui, projetés par de puissantes armes de siège, survolaient les armées et finissaient leur course dans les murs et les bâtiments de la ville qui s'effondraient dans un assourdissant vacarme. Mais ce qui m'intéressait le plus étaient les cris. Ils me diraient beaucoup de choses, si je savais les écouter. J'avais en effet de bonnes raisons de m'intéresser à la bataille, et comme la pièce où je me trouvais n'avait pas de fenêtre, c'était le seul moyen pour moi d'en suivre le déroulement.
D'autres bruits, bien plus présents, attirèrent mon attention. Des pas précipités résonnaient dans les étages inférieurs de la tour, bien vite suivis par des voix. Puis, plus rien. Comme je ne pouvais que deviner la nature des événements, j'attendais avec impatience ce qui allait se passer et sans doute avec la même tension que ces hommes dans le couloir, la peur en moins. Il ne pouvait rien m'arriver de grave dans ma cellule, du moins je le pensais. J'entendis alors, après quelques minutes, un grand bruit tout en bas de la tour. Le genre de bruit que ferait une explosion ou un boulet s'écrasant sur la tour, en moins fort cependant. A peine quelques secondes plus tard, un second coup résonna. Il me fallut néanmoins un troisième avant de me rendre compte que c'était en fait un bélier contre une porte et j'en eus d'ailleurs la confirmation quand j'entendis la porte voler en éclat. Un combat sembla débuter, beaucoup plus proche que celui qui se déroulait au dehors et bien trop proche à mon goût. Mes jambes étant enchaînées au mur, j'allais être bien en peine pour me défendre.
Tout à coup, la porte s'ouvrit à la volée, arrachant la serrure au passage, et deux hommes lourdement armés, mais n'ayant revêtu aucune armure y pénétrèrent.
- Bof, grogna l'un d'eux, il n'y a rien de valeur ici, c'est une cellule.
Voilà qui était finement observé de sa part, la pertinence de sa remarque m'indiquait d'ailleurs qu'il ne devait pas être très intelligent, mais je ne me risquais à commenter ses paroles car j'avais pour le moment bien trop besoin de lui.
- S'il vous plaît nobles étrangers, m'écriais-je, vous m'avez l'air de puissants guerriers
et votre honneur doit sûrement être sans égal. Accepteriez-vous de me venir en aide ?
Ils me regardèrent, apparemment surpris que je m'adresse à eux et mettant un certain temps à comprendre mes paroles. Ils n'avaient vraiment pas l'air honorable, et encore moins noble, mais la flatterie paie toujours et j'espérais que ce fût le cas ici.
- Et pourquoi est-ce qu'on t'aiderait, sale rat ? dit le deuxième, visiblement pressé de sortir d'ici.
Le premier, lui, ne paraissait même pas avoir envie de dialoguer et se retourna pour s'approcher de la porte. La bataille les attendait après tout. Craignant de voir s'échapper ma seule chance de retrouver ma liberté, je décidai de passer à la vitesse supérieure.
- Je pensais que mon trésor vous intéresserait sûrement, m'écriai-je désespérément.
L'homme qui s'apprêtait à quitter la pièce s'arrêta sur le seuil sans le franchir. Les lamentations d'un prisonnier ne l'intéressaient pas, par contre s'il y avait de l'or en jeu, c'était une toute autre affaire. Craignant le piège, il restait néanmoins sur ses gardes. Il écarta son compagnon et se dressa devant moi, une main sur le pommeau de son sabre, l'autre caressant sa barbe.
- Parle !
Je fis alors semblant de me souvenir alors qu'en fait je réfléchissais à une histoire qui pourrait bien me sortir d'affaire.
- J'ai été enfermé ici pour avoir dérobés des joyaux dans la demeure même d'un des cinq seigneurs de la cité dont le nom m'était et m'est toujours inconnu. J'espère que vous me croirez si je vous dis que je n'ai fait ce geste qu'en dernier recours pour rembourser une dette de jeu à une certaine personne.
- Oui, oui on te croit, me répondit-il, agacé, continue.
- Merci, je ne voudrais pas que d'aussi valeureux combattants puissent me prendre pour un bandit de grands chemins. Une fois mon méfait accompli, je parvins à me faufiler en toute discrétion hors des murs de sa demeure, et réussit à rentrer chez moi sans mal, au nez et à la barbe des gardes. Sans me vanter, j'avais été parfait.
J'aperçus un sourcil se lever sur le visage du soldat. Ni prêtant pas attention, car j'imaginai sans peine à quoi il pouvait bien réfléchir, si on peut appeler ça ainsi.
- Je décidais de cacher les bijoux, et de ne les sortir que lorsque je j'en aurais besoin. Hélas, maudite soit ma stupidité. Ou peut-être est-ce ma vanité ? Il était pourtant tellement agréable de se promener avec la bague d'un riche seigneur à son doigt. A aucun moment je ne pris conscience des risques que je prenais là. Malheureusement, une des servantes du seigneur en question reconnut la bague. Deux heures plus tard je me faisais arrêter. Pourtant malgré les tortures, jamais je ne révélai ou se trouvait le reste des bijoux, préférant mentir en déclarant qu'on m'avait vendu cette bague et non que je l'avais volée.
Le rictus qui se dessinait sur le visage du soldat m'indiquait qu'il comprenait mon histoire, mais aussi qu'il se moquait intérieurement de ma bêtise. Bien sûr, il ne pouvait pas savoir que mon récit était inventée de toute pièce. L'autre semblait impatient, mais il n'osait pas prendre la parole avant son compagnon. Après quelques instants, le premier me demanda :
- Et où ils sont cachés ses bijoux ?
S'ils parvenaient à prendre la ville, il aurait tout le temps pour aller se servir dans les maisons, mais c'était risqué car ses supérieurs exigeaient la plus grande part des butins. De plus, être un peu plus riche n'avait jamais fait de mal à personne. D'un signe de la tête je montrai l'autre soldat. Il sembla immédiatement comprendre et sa réaction ne se fit pas attendre. Il leva son épée et l'abattit sur le crâne de son ancien compagnon d'arme. Après tout, dans une bataille, personne ne viendrait le soupçonner et encore moins l'accuser. Il se tourna vers moi et me reposa sa question.
- Approchez, lui dis-je, j'ai indiqué leur emplacement sur un parchemin que j'ai glissé entre deux briques de ce mur, approchez.
L'appât du gain semblait lui avoir fait perdre toute méfiance car il s'approcha de moi sans hésiter.
- Ici, lui indiquais-je, l'index pointé vers le bas du mur.
Il s'approcha d'avantage et s'agenouilla pour regarder dans la fente, mais à peine s'était-il baissé que j'empoignai sa grosse tête à deux mains et la frappai de toutes mes forces contre le mur. Mais c'était un solide gaillard et un seul coup ne suffirait pas à lui faire perdre connaissance. Je le frappais encore, et encore, pourtant il resta conscient jusqu'au cinquième coup, là, il s'effondra sur le sol.
Je me précipitai sur son épée et l'enfonçai dans sa poitrine. A présent, j'avais ce que je désirais, une arme, je pouvais entreprendre de me libérer. La lame était lourde et résistante aussi, lorsque je frappai contre les chaînes, l'un des maillons se détacha aisément. Enfin, j'étais libre.
à suivre